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Céder sa ferme sans « étrangler » son repreneur

En Ille-et-Vilaine, Philippe Colleu a préféré installer un jeune plutôt que de vendre sa ferme au plus offrant.

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Il voulait transmettre son exploitation sans « assassiner » son repreneur. En 2010, après quarante ans d’élevage porcin, Philippe Colleu a tout repensé avant de partir en retraite. Plutôt que de chercher à maximiser le prix de cession, il a fait le choix de privilégier la solidité du projet de reprise. « J’ai toujours dit à mes voisins, si je peux installer un jeune… » Quatorze ans plus tard, la ferme vit toujours.

« S’il faut installer des jeunes dans des conditions financières compliquées, mieux vaut qu’ils ne s’installent pas », tranche Philippe. Son épouse, assistante sociale en milieu agricole, s’est trouvée confrontée aux drames silencieux de ces repreneurs écrasés par des dettes. Ou face à des parents qui, faute de retraite décente, ont vendu leur outil de travail au prix fort, mettant « leurs enfants dans une situation financière très compliquée dès le départ ».

Garder un filet de sécurité

« Aucun de nos enfants n’était intéressé par la reprise de l'exploitation, mais j’avais rencontré un jeune, qui étudiait à la faculté avec l’une de mes filles, poursuit Philippe. Il envisageait un retour à la ferme. La confiance entre nous s’est installée naturellement. » Un retour que Guillaume Aveline a réalisé en s’associant avec une voisine, dont le mari prenait sa retraite, sur une exploitation laitière bio. Il n’avait donc pas besoin des bâtiments mais les terres et le matériel l’intéressaient.

Tracteur récent, système d’irrigation, et une cinquantaine d’hectares… Philippe lui cède le tout pour moins de 50 000 euros et conserve ses bâtiments. Sur leurs 3 500 m² de toiture, des panneaux photovoltaïques génèrent des revenus qui complètent sa retraite. Sans ce complément, sa retraite ne dépasserait pas 1 000 euros par mois. « Cela compensait le fait de n’avoir vendu aucun bâtiment des porcheries », résume-t-il.

Au-delà de cet effort financier, Philippe a géré seul, lors de sa dernière année d’activité en 2011, la conversion en agriculture biologique de ses terres pendant que Guillaume terminait un contrat salarié avant son installation. Le jeune agriculteur a donc repris une exploitation déjà engagée dans le processus bio, lui évitant la période de vaches maigres inhérente à la conversion. Par ailleurs, Philippe avait présidé pendant vingt ans la Cuma locale, et Guillaume y a naturellement pris sa suite, poursuivant l’esprit de coopération.

Diversifier et faire vivre le lieu

L’ancien éleveur a aussi souhaité maintenir une exploitation vivante diversifiée. Quatre hectares ont été consacrés au maraîchage. Aujourd’hui, Guillaume a deux nouveaux associés. Et l’un des bâtiments de la ferme abrite désormais le Bistrot de Lesnelay, monté par Lucie Colleu, la fille de Philippe, et Julie Prigent.

« C’est un projet qui fait vivre l’ensemble de l’exploitation, qui crée du mouvement », se réjouit Philippe Colleu. Pour lui, installer des jeunes ne souffre aucune ambiguïté : « Il faut leur donner les moyens d’y arriver. S’il n’y a plus de jeunes, il n’y a plus de ruralité. »

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